Carnet de voyage 2018

Interview du Directeur de la DREN (Direction Régionale de l'Education Nationale) de Tamatave à Madagascar, réalisée en février 2018 par Claude Lextrait, président de l'association L'Eau Vive


Interview du Directeur du Collège d'Amboditavolo à Madagascar, réalisé en février 2018 par Claude Lextrait, Directeur de l'Association l'Eau Vive, à propos du partenariat public privé mis en place dans cet établissement.



Mais qu'est-ce que vous allez faire là-bas ?

 

C'est pour essayer de répondre à cette question que je vais vous parler de notre dernier séjour.

Tout d'abord 2 réflexions qui guident nos actions :

 

"Il faudra bien que nous arrivions à vivre tous simplement pour que chacun puisse simplement vivre."  Gandhi

 

 "La pauvreté, comme l'esclavage ou l'apartheid, n'est pas naturelle ce sont les hommes qui la créent et la tolèrent et ce sont les hommes qui la vaincront. Ce n'est pas non plus un acte de charité, c'est un acte de justice."  Nelson Mandela

 

Les grand axes de nos "chantiers" actuels :

 

1.      Construire de façon durable des bâtiments confortables : nous avons construit un bâtiment en 2017 et nous en construisons un autre en 2018 afin de permettre un enseignement dans de bonnes conditions. Si une construction en matériaux locaux présente des avantages, allez l'expliquer à ceux qui devront reconstruire tous les 3 à 5 ans. Cette année il y avait urgence après le passage du cyclone AVA : ou il fallait entreprendre de poursuivre les constructions, ou il fallait entreprendre une réhabilitation provisoire. Chaque bâtiment en dur nous coûte environ 20 000 € meublé. Le bâtiment de 2018 est construit en partie à crédit. 3 000€ ont été versés pour l'ouverture du chantier.

Quatre semaines après le démarrage de chantier, les murs sont montés et on est prêt à poser la charpente. Je pense que nous pourrons envoyer 5 000 € ce mois de mars et en accord avec l'entrepreneur, le reste sera envoyé au fur et à mesure des rentrées. C'est ça la confiance et sur parole. Pour terminer ce gros chantier, il nous restera un troisième bâtiment à construire avant d'engager un programme de confection de tables bancs l'année prochaine. Dans tous les établissements où nous avons appliqué cette démarche, l'effectif a augmenté (pour certains doublé en 3 ans) et le taux de réussite aux examens s'est amélioré.

Vous vous demandez peut être comment participer, je vous rappelle que si vous payez des impôts et que vous décidez un versement de 100, il vous en coûtera 34 et vous aurez une réduction d'impôts de 66. Une façon d'orienter votre impôt.

 

2.      Former les équipes pédagogiques : pendant longtemps, l'enseignement a été le parent pauvre d'une administration par ailleurs en difficulté à tous les étages et le résultat se mesure aujourd'hui à travers le taux de réussite aux examens (une catastrophe). La volonté du gouvernement actuel est aujourd'hui de redresser la barre dans ce secteur. Nous sommes engagés dans cette réflexion et dans sa mise en place. Comment? Nous ne pouvons pas faire d'ingérence évidemment (parce que nous n'en avons ni le droit ni les compétences) mais nous pouvons apporter un peu de "jus de cerveau" et surtout d'aide à la réflexion, à l'organisation, dans les relations avec l'administration. Un programme a été lancé en février dernier. Pour aller en formation à la ville, il faut se déplacer et il y a des frais. Nous pouvons apporter notre contribution pour les établissements que nous suivons.

 

 

3.      Centre de Ressources Pédagogiques : nous avons mis en place là aussi un programme de formation des formateurs en lien avec la Direction Départementale de l'Education Nationale. Dans ce domaine, c'est surtout motiver les professionnels de terrain et travailler les relations avec l'administration.

 

4.     Débloquer des situations dégradées qui s'éternisent. On peut comprendre un retard de paiement de salaire au prétexte d'un bug informatique et de difficultés financières mais lorsque la situation dure depuis 3 mois, sans nouvelles, c'est carrément dramatique surtout quand on n'a pas 3 sous d'avance, ça ne marche pas à tous les coups mais là, en prenant le téléphone et en appelant au bon endroit, les retards de salaires étaient tombés 3 jours après. Mais qui peut se permettre d’interpeller l'administration vénérée pour lui poser ce genre de question ? C'est impensable…

 

 5.     Les petites activités telles que l'entretien de l'installation solaire, un peu de maintenance autour de la collecte d'eau de pluie, un peu de discipline à mettre en place, le fonctionnement de la cantine, création d'une caisse de solidarité, quelques interventions dans les classes sont autant de petites actions nécessaires.

 

6.     Depuis 2016, c'est aujourd'hui une vingtaine de contrats de travail signés avec le ministère, une vingtaine de familles qui ont un revenu assuré, garanti par l'état et d'un niveau que l'on peut trouver insuffisant mais qui est environ 10 fois plus élevé que celui touché par les enseignants encore payés par les associations de parents.

 

7.     On nous dit souvent "quand vous êtes là, vous nous réveillez" mais assurer le rôle d'agitateur sous les températures du mois de février… c'est carrément héroïque.